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Mariage survivor show (par Mathilde Saljougui)

par La Rédaction.
Article publié le dimanche 22 janvier 2006.
 

« Ne regarde pas le vide et ne lâche pas la barre » se martelait Kioumarz. Le front inondé de sueur, le futur jeune marié tenta de contenir le tremblement qui l’envahissait des pieds à la tête. Quelques pas d’équilibristes le séparaient encore de sa future femme, Frau Eva. « ressaisis-toi ! » ragea le jeune homme. « Des millions de téléspectateurs suivent l’émission en direct ! »

Ils étaient si près du but. Kioumarz et Frau Eva étaient en finale du « Mariage survivor show » de Las Vegas. Ils avaient terrassé les couples concurrents. Leur force, c’était la concentration. La concentration pour résister aux dérives de la vie, toutes rassemblées à Las Vegas, et mises en scène dans les épreuves du jeu télévisé. En couple appliqué et rigoureux, Kioumarz et Frau Eva avaient su résister aux gling gling des machines à sous. Frau Eva avait brillament éconduit le jeune garde romain au casino du palais de César. Elle n’avait même pas jeté un regard sur son torse huilé. Kioumarz n’avait pas laissé ses yeux se perdre dans les cuisses des Cléopatres en mini-jupe du Louxor. Au buffet du Bellagio, ils s’étaient empiffrés, mais avec élégance. Et au club de strip-tease, ils n’avaient dépensé qu’une dizaine de dollars chacun. En petites coupures. Pour faire durer le plaisir.

Oui, ils avaient été brillants. Chacun de leur côté. Mais une fois face à face sur la corde raide de l’hôtel Excalibur, la détermination de Kioumarz vacilla. Sa bouche était pâteuse. Il avait l’impression qu’un tournoi de ping pong se déroulait à l’intérieur de son crâne. Ping. Pong. Du côté de la tempe gauche. Décidemment, il n’aurait pas dû s’enfiler si rapidement les trois martinis blancs et cinq gin tonic de l’épreuve gueule de bois. « Tout va bien » grogna-t-il. « Il suffit de se concentrer. » Levant les yeux vers Frau Eva, il esquissa un sourire. Mais son noeud papillon semblait décidé à l’étrangler. Il tremblait comme un malade de Parkinson. Et soufflait à coup de petits grognements. Un pas de plus ! La corde, qui ne semblait plus si raide, vibrait au rythme de ses spasmes.

En rapprochant de Frau Eva, Kioumarz réalisa qu’à force de se concentrer sur la relation, il n’avait jamais vraiment regardé sa partenaire.Il leva des yeux alourdis par l’alcool et admira sa belle, comme si c’était la première fois.

Il vit d’abord ses mains. Ses faux ongles creusant la paume. Puis sa poitrine, étouffée dans une robe trop serrée. Et ses cheveux en pagaille puant la sueur. « Quelle horreur » frissonna le jeune homme. « Elle ressemble à une sorcière . » Il avance un pied sur la corde et s’attarda sur son visage. « Mais non, pas une sorcière » réalisa Kioumarz. Le mascara malheureusement non waterproof de Frau Eva dégoulinait. « On dirait un raton laveur ! Un raton laveur plein de sueur en robe de mariée ! » A deux pas de Kioumarz, la jeune femme dévoila des dents entâchées par son rouge à lèvres. Kioumarz, au bord de la nausée, était tétanisé. Sa fiancée s’était transformée en un raton laveur géant. En plein délire, il paniquait, réalisant que jamais il ne pourrait effacer de ses souvenirs cette image. Ce raton laveur aux yeux dégoulinant, ses poils drus dressés sur la tête, cette odeur de transpiration. Et oh, ces petits boutons qu’il n’avait jamais remarqués, là, sur son décolleté ! Frau Eva fit un pas vers lui, dans un râle abominable.

Kioumarz tourna la tête vers une caméra. Puis regarda la barre de funambule qu’il tenait dans ses mains. Il ferma les yeux, décidé à se débarrasser de cette vermine, dont le souffle ignoble, si proche, lui caressait le cou. Un coup de barre sur la hanche et hop, dans le vide le raton laveur. Et quelques coups de pieds pour être sûr que l’animal à terre est bien mort. Ensuite, il s’offrirait une petite bière. Ou une vodka orange. Déséquilibré par un fou rire, Kioumarz, tomba dans le vide avant d’avoir pu écrabouiller sa vermine de femme. La sentence du pasteur-commentateur l’acheva avant même qu’il ne s’écrase sur le sol. « Je vous déclare mari et femme. »

Mathilde Saljougui


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