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Travail d’imagination à partir d’une photographie insolite représentant un homme et un éléphant dans une cabine téléphonique.

Qui êtes vous pour juger ?

par Florence Floux [29ème promotion].
Article publié le lundi 10 décembre 2007.
 

C’est vrai, j’ai toujours aimé les animaux. Je le reconnais, je ne cherche plus à le cacher. Après cette affaire atroce, où la presse s’est déchaînée sur ma vie, l’a foutu en l’air, plus la peine de mentir. Je peux montrer mon vrai visage. Raconter mon histoire, la vraie. Pas celle qu’ont relatée les journalistes, ces charognards. Je me suis aperçu de mon penchant naturel vers l’âge de 13 ans. Quand les garçons de ma classe n’avaient d’yeux que pour les jeunes actrices au tour de poitrine généreux, moi je regardais Pioupiou, mon lapin nain avec les yeux de l’amour. Je le retrouvais tous les soirs après l’école, et ma véritable vie commençait. Je pouvais être moi-même enfin, après avoir été un étranger toute la journée.

Pioupiou m’aimait aussi. Enfin, du moins, il en avait l’air. Et dans les soirs de solitude, et bien disons juste pudiquement que Pioupiou et moi ne faisions plus qu’un... Bien entendu, notre histoire n’a duré qu’un temps. Dieu a rappelé ce cher Pioupiou auprès de lui au bout de quelques années. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Mon premier chagrin d’amour. J’ai mis longtemps à m’en remettre. Heureusement, j’avais fait des photos de Pioupiou. On le voyait en pleine action. Ca m’aidait à surmonter son absence.

Et puis mes parents ont décidé de m’offrir un nouveau compagnon. Ils me trouvaient trop malheureux depuis la disparition de Pioupiou. Ils avaient raison, j’étais misérable. L’entrée de Wilfrid, mon hamster, dans ma vie, a été pour moi comme une renaissance. Grâce à lui j’ai un peu oublié Pioupiou et sa peau si douce. Wilfrid et moi partagions tout. Le lit aussi. De lui, j’ai appris beaucoup. Il m’a tout donné.

Puis, comme Pioupiou, il s’en est allé par un froid matin de novembre. Comme Pioupiou je l’ai enterré dans le jardin familial. Comme Pioupiou, il ne s’est pas passé un jour depuis, sans que j’ai une pensée émue pour lui. Les années ont passé. Pour me rapprocher le plus possible de mon principal centre d’intérêt, je suis devenu vétérinaire au zoo de Londres, près de Regent’s Park. J’ai ainsi passé des jours heureux, avec ces animaux que j’aime tant. Et qui me le rendent bien. C’est en pratiquant ce métier qui me passionne tant que j’ai rencontré Babalou, petit éléphant venu d’Inde. Le zoo venait de les acheter, lui et sa soeur. Je me suis occupé de lui. Dans tous les sens du terme. J’ai fait, pour ainsi dire, son éducation. Nous sommes devenus inséparables. Et puis il a été un peu malade, le zoo a voulu s’en débarrasser. Je me suis porté acquéreur de Babalou. Il est venu vivre avec moi. Ce furent les plus beaux jours de ma vie. Il me suivait partout, même dans les rues de notre belle cité londonienne. Cela a commencé à attirer l’attention. Des journalistes ont fait des sujets sur nous. Nous sommes passés à la télé. Je suis devenu une sorte de star. Jusqu’à ce jour fatal de février. Nous étions sortis nous promener sur les bords de la Tamise. J’ai du passer un coup de fil au zoo, qui venait de me biper pour une urgence. Et puis, la force de l’habitude, Babalou s’est approché de moi. Ce que nous faisions chez nous à l’abri des regards, c’était une chose. Dans la rue, s’en était une autre. Des passants ont pris des photos avec leurs portables. J’ai été traîné dans la boue, fait la une des journaux : « Le vétérinaire était un monstrueux zoophile ! » Les associations de défense des animaux m’ont fait des procès. J’ai été condamné. Je n’ai plus le droit d’exercer le métier de vétérinaire. Surtout, on m’a retiré Babalou. Lui qui était tout pour moi. Ma vie est foutue. J’erre dans les rues comme une âme en peine. Trop lâche pour en finir moi-même, j’attends mon heure.

« Babalou, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon pêché, mon âme. Babalou : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois, contre les dents. Ba-ba-lou. »

Mon seul crime a été de trop t’aimer.


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