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Provocation et iconoclasme sur les planches de la 17e chambre

par Jérôme Sage [29ème promotion].
Article publié le dimanche 18 novembre 2007.
 
Vendredi 26 octobre comparaissait, devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Kemi Seba, ancien leader de la Tribu Ka, pour incitation à la haine raciale et diffamation religieuse. Un procès-aubaine pour un trublion communautaire dont le principe d’action est la provocation.

En sortant de la salle d’audience, Stellio Gilles Robert Capochichi, alias Kemi Seba (« l’étoile noire », son nom religieux kémite), embrasse ceux qui sont venus le soutenir, reçoit leurs félicitations pour sa prestation, leur demande s’ils seront là au prochain procès... Kemi Seba est poursuivi devant la « chambre de la presse » pour diffamation, injure, incitation à la haine raciale et négationnisme sur son site « Génération Kemi Seba ». Devant ses juges, il se présente moins comme un prévenu qu’en homme politique à la tribune, qu’en artiste à la scène. Il vient de se livrer, plus de deux heures durant, costume sombre et cravate club, à ce qu’il appelle son « Politik street show ».
Pour ce show, il fallait un texte. Kemi Seba sort le sien, le scande, truffé de références aux accents sérieux : la conférence de Durban en 2001, les commentaires de la tradition juive par Maimonide, les déclarations de la Chase Manhattan bank, un professeur Hereira de la Sorbonne, la revue Israël Business Today, les preuves de la responsabilité du capitaliste boursier BHL dans la déforestation du Gabon, les Black panthers, la bible... Sa logorrhée, ultrarapide, les mains doctement jointes, saupoudrée de « comme chacun sait », « vous n’ignorez pas », « vous n’êtes pas sans savoir », n’a qu’un seul but : convaincre du danger des « sionistes qui imposent à l’Afrique et à sa diaspora des conditions de vie tellement excrémentielles que le camp de concentration d’Auschwitz peut paraître comme un paradis sur terre ».

Rires et exclamations dans le public

Le spectacle de l’« activiste de la cause panafricaine » est aussi un moment où le rire a sa place. Fréquemment hilare durant les interventions des parties civiles, Kemi Seba fait également rire ses amis, tout acquis à son discours, massés sur les bancs du public. Il tire la révérence aux avocats, au tribunal. Singe le tribunal en lançant à ses amis du public un rappel ironique au silence. Blague en buttant sur les sigles, confondant LDH (ligue des droits de l’homme, partie civile) et LDJ (ligue de défense juive, une quasi-milice pro-israélienne)... Avant de répéter, plein d’assurance, son message antisioniste, rajoutant même quelques expressions percutantes, comparant le sionisme au sida, à une « humanisation de la matière fécale », à un « cancer de l’humanité ». « Je revendique l’intégralité des propos tenus sur ce site. A 600%, comme 600 millions de noirs morts dans l’esclavage », ajoute-t-il, pour expliquer sa rancœur à l’égard du sionisme.
Et comme pour tout théâtre, Kemi Seba a trouvé son ressort dramatique, celui qui l’a mené devant les juges et qui constitue son fonds de commerce : la corde raide entre une critique politique, celle du sionisme, et le racisme antijuif. Lui plaide, sans avocat, pour la première lecture. Les plaignants le font pour la seconde, étonnés, entre autres, que cette critique dite « politique » soit illustrée sur le site incriminé par une photo des rouleaux de la Torah.

« Un clin d’œil répugnant »

Les associations qui se sont portées parties civiles - Licra, UEJF, J’accuse, Ligue française de défense des droits de l’homme et du citoyen, le consistoire central de l’union des communautés juives de France, SOS racisme, Touche pas à mon pote -, accompagnées de la procureure Sandrine Halimi-Uzan, n’ont dans cette mise en scène qu’un rôle annexe de critique littéraire. A dénoncer ce « prévenu [qui] confond un tribunal correctionnel et une salle de spectacle », son « petit côté de M. Faurisson, avec cette accumulation de citations pour expliquer l’inexplicable », ce « tortionnaire de l’histoire », voyant comme « un clin d’oeil répugnant » l’assimilation par le prévenu de l’esclavage à un « détail de l’histoire ».
Le jugement, attendu le 30 novembre, dira l’avenir du mouvement habitué aux déboires judiciaires : en 2006 la Tribu Ka avait été dissoute et condamnée à Chartres pour outrage à agent. Alors que la procureure a requis contre Kemi Seba, outre cinq mois d’emprisonnement, une privation des droits civiques pour cinq ans, celui-ci s’est déjà porté candidat aux élections municipales à Sarcelles (Val-d’Oise).


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