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Internet : "la rumeur est une forme de communication"

par Cécilia Pandolfi [27ème promotion].
Article publié le samedi 26 novembre 2005.
 
Message porte-bonheur, alerte à un nouveau virus informatique, chaîne de solidarité pour sauver un enfant malade, pétition en faveur de l’environnement... Ces e-mails apparaissent régulièrement dans nos boîtes de réception. Un air de « déjà vu » pour la plupart de ces textes, souvent déformés, ou carrément mensongers, qui ne renvoient vers aucune source véritable.

Jean-Bruno Renard, professeur de sociologie à l’université Paul-Valéry de Montpellier, étudie le phénomène des rumeurs depuis plus de dix ans.

Comment expliquer que les internautes continuent à faire circuler les rumeurs, alors qu’elles sont régulièrement démenties ?

Il y a plusieurs explications à la propagation des rumeurs sur internet. Tout d’abord, un aspect technique, avec la facilité du simple geste de cliquer sur « forward », pour faire suivre un email. Auparavant, pour les « chaînes » de lettres ou de cartes postales, il fallait recopier ou photocopier, poster, etc. Il y a vraiment une adéquation entre l’outil internet et l’incitation à faire circuler la rumeur. Et puis les démentis ne passent pas forcément par le même réseau, les mêmes canaux que ceux empruntés par la rumeur. Les gens ne font pas tous la démarche de vérifier sur un site de type « hoaxbuster ». On peut remarquer surtout que les internautes ont toujours un doute. Après tout, ces informations qui circulent pourraient se révéler vraies. Alors on ne veut pas prendre de risques, c’est le classique « on ne sait jamais ! » Enfin il reste une part de superstition. Dans le cas particulier des « chaînes magiques », on se trouve face à la croyance dans leur capacité réelle de porter bonheur ou d’attirer la malchance.

Est-ce que vous pensez que le phénomène des rumeurs sur internet pourrait s’arrêter un jour ?

Non ! Ca ne s’arrêtera jamais, tout simplement parce que la rumeur est une forme normale de communication,l’une des plus anciennes finalement. Et puis il ne faut pas oublier l’habile ambiguïté des rumeurs : elles ne s’annoncent pas comme telles, elles avancent masquées et n’importe qui, sans exception, peut tomber dans le piège un jour.

Depuis que vous les étudiez, avez-vous constaté une évolution, en volume ou en contenu, des rumeurs sur internet ?

Il me semble qu’il y en a de plus en plus, mais nous ne disposons pas d’instruments de mesure très précis. Dans le livre sur les légendes urbaines que j’ai co-écrit en 1992, internet apparaissait très peu. Dix ans plus tard, pour le livre paru en 2002, la moitié des rumeurs étudiées proviennent d’internet... On constate surtout une diversification des types de messages, avec même l’apparition maintenant de parodies, qui sont une sorte d’antidote par le rire, de saine réaction du corps des internautes face aux rumeurs.

Avez-vous vu des rumeurs spécifiques à internet, qui n’existent que sur ce média ?

Non, internet n’est finalement qu’un support, donc neutre. Par contre, on peut noter la surreprésentation des messages qui prennent l’informatique pour thème : les alerte aux virus, et les chaînes de solidarité qui prétendent impliquer des fournisseurs d’accès internet.

Que pensez-vous du site www.hoaxbuster.com ?

Je le trouve excellent, avec l’avantage qu’il soit en français. Par son réseau d’informateurs, il recense rapidement les nouvelles rumeurs, et fait un bon travail de vérification. Il y a juste une réserve à faire sur son titre, un peu réducteur. Car le mot anglais « hoax » se traduit par « canular », or ce n’est qu’une forme particulière de rumeurs. Il faut savoir que la plupart des rumeurs ne sont pas malveillantes, pas créées intentionnellement, chacun peut déformer une histoire sans le savoir. Il y a aussi le site http://snopes.com (rédigé en anglais) à propos des légendes urbaines.

Quelles sont les peurs les plus courantes ?

Le thème de la santé est très fréquent. On retrouve souvent la méfiance vis-à-vis des aliments. Et puis les nouvelles technologies, en particulier celles qui utilisent des ondes. Sans oublier tout ce qui concerne la violence, les récits de crimes et d’agressions. Des faits réels peut venir conforter une rumeur : par exemple, comme les trafics d’organes existent, les gens vont croire plus facilement à des histoires de vols d’organes.

Avez-vous des difficultés particulières pour étudier les rumeurs sur Internet ?

Non, les rumeurs sont plutôt faciles à repérer sur Internet, grâce aux réseaux d’alertes, et au fait qu’il reste une trace écrite. Et comme les adresses des expéditeurs successifs sont apparentes, on peut retrouver le cheminement à travers les pays, remonter jusqu’à la source du message. Par contre, ce n’est pas parce que la rumeur passe par l’écrit (comme c’est le cas sur Internet) qu’elle se stabilise. A force de « copier-coller », les messages deviennent trop longs, illisibles. A un moment, quelqu’un va prendre l’initiative de rendre le message plus présentable en le réécrivant, en modifiant quelques petites choses, et ainsi de suite. On remarque aussi des phénomènes d’adaptation géographique, avec des changements de références, de noms de lieux. Une rumeur qui vient du Canada par exemple, sera adaptée pour son nouveau public si elle atterrit chez un internaute qui habite à Lille ou Marseille.

● Jean-Bruno Renard est l’auteur du « Que sais-je ? » sur les « Rumeurs et légendes urbaines » (Puf). Avec Véronique Campion-Vincent, ingénieur au CNRS, il a publié « De source sûre, nouvelles rumeurs d’aujourd’hui » et « Légendes urbaines, rumeurs d’aujourd’hui » (Payot).


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