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Dans la tanière de Notre Dame

par Sophie de Kepper [28ème promotion].
Article publié le vendredi 2 février 2007.
 
Article rédigé pour le cours de presse écrite. Il se propose de décrire le même lieu le jour et la nuit.

Il est 17 heures 45 à la cathédrale Notre Dame. L’heure des vêpres. Dehors, le ciel, sombre, porte la lourdeur de l’humidité. Sur les vitraux, Pierre, Paul, Jean et les autres se cachent dans la pénombre. La lumière pâle du jour ne laisse plus deviner que leur apparât or, carmin et bleu roi. Leur silhouette, que l’on croirait se faufiler entre les murs aux différentes heures de la journée comme l’ombre sur un cadran solaire, s’immobilise. L’orgue entonne sa musique grondante entre les colonnades de pierre blanche. Au centre, des fidèles viennent se disposer tel des pions éparpillés sur un échiquier. Des ombres immobiles murmurant dans leur isolement quelque parole divine incompréhensible. Parapluie replié à la main et vêtus de cirés encore scintillants de gouttes de pluie, des visiteurs s’amoncèlent. Une fourmillère grouillante, traînant des pieds le long des bas-côtés. En procession, on sussure le chinois, le japonais, l’anglais, l’espagnol, le néerlandais en faisant le tour de la nef, levant le nez et observant l’œuvre d’architecture. Des semelles en caoutchouc râpent le sol, brut et lisse. La poussière du parvis accumulée sous les chaussures grésille ; des talons écorchent le damier noir et blanc dans un claquement retentissant.

Dans la nef, les corps paisibles se déraidissent. Posés sur des chaises en bois, les jambes ballantes, des pantins catholiques laissent leur tête se détacher. Lourde, elle vient s’écraser sur l’épaule de leur voisin. Par deux, ils se réchauffent. La pierre de l’église étouffe le froid et l’humidité qui règnent à l’extérieur. Illuminés par les lustres suspendus entre les arcades, les visages s’empourprent et les paupières gonflés par la fatigue s’écrasent. Des couples se blottissent. La voix sirupeuse du prêtre calme l’irritation de la journée et les endort. Des flashs d’appareils photo viennent parfois les arracher à leur léthargie. Les pantins se redressent alors, le coin de l’œil frémissant.

L’architecture immense, inquiétante dans ses hauteurs assombries, surplombe l’homme d’Eglise enlacé dans sa tunique verte qui dirige la cérémonie. A bout de bras, il fait tourbilloner l’encensoir. Il disperse son odeur d’oliban, le parfum des églises, reconnaissable entre tous aux narines des croyants.

18 heures 30. La messe démarre par un carillonement de cloches. Les apôtres, suspendus à leurs vitraux, ont bientôt disparu dans le noir. Une foule s’amasse précipitement dans l’église. Dans un craquement de genou général, elle s’abaisse pour saluer le Christ d’un signe de croix. De bon chrétiens ? ces ouailles providentielles ne cherchent pas le salut divin, simplement un abris. Dehors, le ciel déverse ses eaux pluvieuses.

Le ciel s’est terni. Sur le parvis de Notre Dame, des voix et des chants grégoriens échapés de la cathédrale happent l’oreille des passants qui se promènent. Dans son antre, plongée dans un noir mystérieux et lugubre, quelques curieux défilent religieusement dans les allées. Des ombres chinoises qui flottent à la lumière des cierges encore brûlants à l’entrée des petites chapelles. Plus d’appareils photo ni de caméras, plus de chaussures de marche. Les fidèles se sont mués en spectateurs assidus. Agglutinés sur les bancs de l’église, cuisse contre cuisse, leur tête s’incline. Leur peau absorbe les teintes de l’écran géant suspendu dans la nef. Il conte l’histoire des saints fondateurs de la légende de Notre Dame. Tout est devenu calme. Ne transperce que la voix languissante du commentaire audio qui s’éternise sur des syllabes. L’église s’est vidée de son parfum d’encens. Il ne reste que la moiteur, persceptible à la froideur des colonnes et aux nez reniflants. Elle est réapparue quand les lumières qui réchauffaient l’atmosphère se sont éteintes. Dans les allés, les arcades claires s’estompent pour prendre une couleur charbonneuse. Au bout, c’est le noir total. La tanière des apôtres dans laquelle plus personne ne s’aventure. Seules les sirènes des fourgons de police roulant à vive allure sur les quais à l’extérieur viennent troubler ce calme. Une jeune femme, court vêtue, montée sur des chaussures pailletées exécutent un tour rapide de l’édifice. Personne ne la remarque. Avec ses amies, elle ressortira, frileuse, pour parcourir les rues détrempées de la capitale.


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