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La jungle de la grande consommation

par Jérôme Fredon [27ème promotion].
Article publié le vendredi 11 novembre 2005.
 

Samedi après-midi, au centre commercial de la porte de Montreuil, à Paris. L’épidémie de fièvre acheteuse fait des ravages. Des escadrons de « fashion victimes » adolescentes se lancent en piquet sur les boutiques de vêtements. Ambiance de ruche à l’intérieur des échoppes. Mines affairées, dubitatives, mains qui cherchent, caressent, écartent, fouillent, trient, retournent, labourent les présentoirs. Les cintres cliquettent. Les cabines d’essayage bourdonnent. Les caisses sont prises d’assaut.

En face, les restaurants grouillent de monde. Des cuisines se dégagent des vapeurs de friture et un fumet de viande. Une odeur qui fait saliver la horde de loups patientant en rang d’oignons. Attablées à la terrasse, une nuée de termites ronge tout ce qui présente dans les assiettes. Frites. Pâtes. Carottes. Viande. Poisson... Aucune miette n’est laissée.

Même gloutonnerie consumériste à la boulangerie adjacente où un nuage de pies et de corbeaux picore sandwichs, quiches, pizzas, croissants et pains au chocolat. Et engloutit les cafés à coup de grandes gorgées.

Sur le manège, des moineaux piaillant de joie, sautent de perchoirs en perchoirs, sous le regard attendri de leurs parents. Du salon de coiffure, s’évade une odeur parfumée de gel et de laque. Les coiffeurs s’activent, ciseaux et tondeuses à la main. Derrière les bacs, des mains s’agitent et frictionnent les têtes. Sous les séchoirs, les clients dévorent des revues des yeux.

Les "chevaux de course" s’agitent

Sur l’allée centrale menant à l’hypermarché, la même agitation. Au galop ou au trot, les « chevaux de course » prennent la direction des stalles de départ le mors aux dents. Sacs à mains, à dos, en bandoulière, sacoches, cabas, caddies voire même poussettes : tous les moyens sont bons pour dévaliser les boxes. Des chevaux galvanisés par leurs jockeys haut comme trois pommes et assis en selle. Les sabots claquent. Les roues du carrosse crissent sur le carrelage. Un carrelage reluisant, nettoyé de fond en comble par les lads qui passent sans cesse le balai et la serpillière. Bien cramponnés à la rampe, poulains, étalons et juments, la crinière au vent, les oreilles droites et le regard tourné vers la lumière divine, s’élèvent vers le ciel. La nervosité est palpable. Les hennissements résonnent. Les naseaux soufflent. Les flancs se creusent.

En haut, c’est le paradis qui les attend, leur paradis à eux. Le haras de la grande consommation. Le ranch des bonnes affaires. La manade de l’opulence.

Au premier étage, des fragrances d’ambre et de vanille viennent chatouiller les narines des dames. Et nombreuses sont les gazelles qui succombent à la tentation... De venir s’asperger de quelques pschitt de parfum et se pomponner.

Un peu plus loin, atmosphère frénétique à la bijouterie. La faute aux « jours destroy ». Et ses démarques de 10 jusqu’à 50%. Annoncées par des panonceaux masquant les vitrines et suspendus au plafond. De quoi faire craquer plusieurs girafes... qui essayent des colliers et des pendentifs autour de leur cou. Et passent des bagues et pendentifs autour de leurs doigts.

Elle, elle court... la grippe dépensière

Au bout d’un couloir interminable, jalonné de magasins branchés, se dessine enfin la terre promise. Postés aux entrées, des gorilles à la stature imposante vérifient et agrafent les sacs des clients. Du rayon poissonnerie, s’échappent des effluves de poisson et de coquillages. Le bruit de la mer passe en boucle. Ce qui a le don de rameuter toute une flopée de mouettes tournant sans cesse autour du navire battant pavillon « Carrefour »

« L’heure est grave Mesdames, Messieurs. Nous allons procéder à la première vente flash de l’après-midi. Au milieu, près de l’allée centrale. Avec les produits d’entretien à petits prix. Ne traînez pas car vous n’avez que dix minutes... Avec les ventes flashes, les premiers arrivés sont toujours les premiers servis », s’égosille un animateur au crâne rasé, aux faux airs de Monsieur Propre. Aux formules bien rodées et adeptes du psittacisme. Et ça fonctionne. Les annonces à peine effectuées, la température monte. Le sol se met à trembler. Un troupeau d’éléphants arrive au pas de charge. Regards déterminés. Trompes dressées. Et barrissements conquérants. Le présentoir ne résiste pas longtemps à ce soudain accès de fièvre... Quand le gong retenti, il ne reste plus rien à « se mettre sous les défenses ».

Une fois les courses terminées, les chariots débordent. Les mines fatiguées. Mais soulagées. Le sentiment du devoir accompli. Leur soif d’acheter assouvie, les fourmis se succèdent à la caisse pour payer. Toutes à la queue leu leu. Les rideaux tombent. Les lumières s’éteignent. Le silence retombe sur la jungle. Les fourmis retraversent la galerie et regagnent le sous-sol.

Il est 21H45. Une fois de plus, nos amis les bêtes n’ont pas su résister au virus de la grippe dépensière. Une maladie chronique contre laquelle, il n’existe pas de vaccin...


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