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La bonne conscience des salauds (par Guillaume Balout)

par La Rédaction.
Article publié le dimanche 5 mars 2006.
 
Suite à une discussion houleuse en cours de journalisme sportif à propos des magouilles dans la foot, Guillaume Balout réagit et défend ses Girondins et leur titre de champion acquis en 1999 au détriment de l’OM.

Le 29 mai 1999, après un service en profondeur de Lilian Laslandes, Pascal Feindouno et Bordeaux trompent Bernard Lama pour la troisième fois de la soirée. Deux minutes plus tard, M. Colombo siffle la fin d’un championnat de France que viennent alors de remporter les Girondins au Parc des Princes. Au même moment, à Nantes, où l’Olympique de Marseille joue lui aussi son ultime match de la saison, c’est l’abattement, la consternation. Puis la colère. Vainqueurs 1-0 des Canaris, les Marseillais étaient champions jusqu’à la 3 058ème minute des 3 060 de la compétition. Dans les vestiaires de la Beaujoire, les tout frais vice-champions de France reprochent aux joueurs du PSG d’avoir levé le pied afin d’offrir le titre à Bordeaux à leurs dépens. L’entraîneur phocéen, Rolland Courbis, donne l’exemple : « Bravo à Bordeaux qui arrive à s’imposer à Paris alors que contre nous, le PSG fait le match de sa vie. » L’ancien coach bordelais, qui n’a jamais rien gagné avec le club qu’il accuse ni plus, ni moins d’avoir bénéficié de magouilles, est rejoint dans sa plaidoirie de pacotille par Christophe Dugarry et Peter Luccin. « Je persiste à dire que nous ne faisons pas le même championnat que les autres. Quand je vois comment Lens, Toulouse ou Rennes jouent contre nous et comment ils ont joué contre Bordeaux, je me pose des questions », philosophe le premier, ancien Bordelais qui n’a jamais rien gagné avec le club de son cœur qu’il accuse ni plus, ni moins d’avoir bénéficié de magouilles. « Tous les Parisiens n’ont pas joué à fond », renchérit le second, ancien Bordelais qui n’a jamais rien gagné avec le club qu’il accuse ni plus, ni moins d’avoir bénéficié de magouilles. Dans un grand élan de générosité et de condescendance, les Bordelais comprendront les dérapages à chaud des grands vaincus de la saison, déjà corrigés quelques semaines plus tôt par les Italiens de Parme en finale de la coupe de l’UEFA.

Comme toute polémique artificielle, la querelle du titre de 99 en reste là. Du moins, c’est ce que l’on croit... jusqu’à ce que sept ans plus tard, Jean-Jacques Eydelie, acteur central de l’affaire VA-OM, fasse des révélations sur les méthodes douteuses du Marseille de Bernard Tapie. Accablé par son ancien joueur, Tapie fait du Tapie, niant les évidences et faisant preuve d’un culot à remettre en cause une expertise ADN. Dans sa défense, l’homme fort des années Goethals convoque, entre autres, le souvenir du 29 mai 1999. « PSG-Bordeaux, ça se sent que c’est truqué, arrangé. » Il faut dire que l’ancien président olympien a l’odorat particulièrement développé en matière de matches truqués, arrangés, achetés. Les combines sournoisement goupillées, ça le connaît ! Même quand la ficelle est trop grosse, comme ce fut le cas lors de cette fameuse 34ème journée du championnat 1998-99 ? Après tout, Philippe Bergeroo, l’entraîneur parisien de l’époque, n’a-t-il pas fait carrière à Bordeaux ? La semaine précédant le dénouement est celle des spéculations les plus extravagantes, atmosphère peu propice à un quelconque arrangement entre les quatre acteurs qui nous intéressent, Bordeaux, Marseille, Paris et Nantes.

Adailton entre dans la légende

L’examen, dans le détail, de ces deux rencontres accrédite totalement la thèse d’un titre remporté par les Girondins de Bordeaux dans les règles de l’art. Le scénario du match contre la PSG, d’abord, suffit en lui-même à démonter toute conspiration anti-marseillaise. Au cours de celui-ci, le PSG est revenu deux fois au score, répliquant à chaque fois aux buts de Sylvain Wiltord. Drôle de comportement, tout le monde en conviendra, d’une équipe qui, au mieux pouvait négliger cette rencontre n’ayant rien à y gagner, et au pire donner un coup de pouce à leurs adversaires pour priver les Marseillais de titre. Par ailleurs, la gestion tactique de Bergeroo pendant le match est assez révélatrice des velléités offensives parisiennes. A 2-1 pour Bordeaux, Augustine Okocha, un milieu de terrain, est remplacé par Laurent Leroy, un attaquant qui s’ajoute aux Marco Simone, Mickaël Madar et Bruno Rodriguez déjà sur la pelouse. Puis, à un quart d’heure de la fin, c’est au tour du défenseur Jimmy Algérino de céder sa place au Brésilien Adailton, devenant ainsi le cinquième attaquant aligné par le PSG. Cette option s’avère rapidement payante puisque trois minutes plus tard, le dernier entrant égalise au terme d’une belle action collective, et non après un raid solitaire de cent mètres, évitant les tacles rageurs de ses coéquipiers, comme le laisse entendre la légende courbisio-tapiste. Certes, les mauvaises langues diront que ce n’est pas en augmentant le nombre d’attaquants qu’on marque plus de buts, et que, justement, le fait de dépouiller une défense est le meilleur moyen pour en encaisser. Mais le constat est là : à cinq attaquants, les Parisiens ont marqué à dix minutes de la fin. En aurait-il été de même avec aucun attaquant dans l’équipe ?

Cependant, il faut plus qu’un simple scénario, à propos duquel ils ont quand même bien du mal à être audibles, pour convaincre les partisans du complot. Car rien ne vaut la bonne vieille rivalité traditionnelle entre l’OM et le PSG, peuchère ! Si rien ne vaut une rivalité de supporters décatie, pourquoi ne pas voir alors dans l’antagonisme historique entre Bordeaux et Nantes, au sujet de la souveraineté sur la côte atlantique, un argument susceptible de justifier un laisser-aller des Canaris contre les intérêts girondins ? Impossible, les spectateurs de la Beaujoire ont chambré les Marseillais toute la soirée. Expert ès symboles et amour du maillot avec une carrière en France rythmée par des passages furtifs à Bordeaux, Marseille et Paris, Peter Luccin, jamais à court d’une bonne réflexion, s’en indigne, « choqué par les applaudissements des Nantais quand Bordeaux menait car ce sont des villes ennemies en football ». Selon cette analyse géofootballistique, aurait-il donc été moins choquant que les Nantais signent un pacte de non-agression avec eux pour faire obstacle aux Bordelais ? Et puis, sacrilège, il n’y a pas que les supporters nantais qui ont applaudi : le Parc aussi s’y serait mis !

La thèse du complot reprend des couleurs. Bien sûr, on ne fera croire à personne qu’une deuxième place de l’OM, contre une défaite anonyme de leur équipe, n’a pas dû faire plaisir aux 45 000 supporters du Parc qui, ce soir-là, avaient la fâcheuse tendance à se réjouir des buts de l’adversaire. Encore faut-il apporter un bémol à cette situation. Que les abonnés d’Auteuil et de Boulogne jubilent devant les mésaventures olympiennes est de bonne guerre. Mais reconnaissons que le supporter est rarement de la partie quand il s’agit d’arranger un match. Et si l’on se tourne vers les états-majors des prétendus clubs rivaux, on s’aperçoit que, comme au bon vieux temps, les liens diplomatiques ne sont pas rompus, loin de là. Sur les feuilles de match de cette 34ème journée, on ne compte pas les joueurs qui ont, ou sont sur le point de le faire, transité entre les deux villes. Dans le football professionnel comme dans toute entreprise, les affaires ont bien vite raison des passions. Si les guerres de ce monde pouvaient toutes rassembler des ennemis aussi conciliants, la planète serait en paix.

Démotivés, et alors ?

Enfin, il existe un dernier facteur à prendre en considération pour les issues de chaque saison : celui de l’envie. Les amateurs de football savent pertinemment que les dernières journées de championnat donnent lieu à des résultats souvent éloquents qui s’expliquent par des différences d’enjeu. Ce PSG-Bordeaux est un cas d’école : les Aquitains, maîtres de leur destin, doivent l’emporter pour être champions, tandis que les Parisiens, englués dans le ventre mou du championnat, ne peuvent même plus espérer une place en Intertoto. A la limite, la véritable interrogation qui ressort de ce match est de savoir comment la meilleure attaque et la meilleure défense du championnat, avant cette rencontre, n’aient pas réussi à prendre plus tôt le dessus sur une équipe qui comptait près de deux fois moins de points au classement. En outre, les doutes portés sur le dilettantisme volontaire des Parisiens sont également valables pour les Nantais. En effet, une semaine seulement avant leur match contre l’OM, les Canaris obtenaient leur qualification pour l’UEFA en remportant la coupe de France. Avant d’entrer sur la pelouse pour affronter les Phocéens, les joueurs nantais s’offrent un petit tour de terrain, trophée en mains, pour le présenter à leurs 35 000 supporters déjà en liesse. Qui peut oser dire aujourd’hui que les Nantais étaient plus mobilisés que leurs homologues parisiens ce 29 mai ? Admettons que Paris et Nantes aient été moins concernées que leurs adversaires du soir. Plaçant leur intérêt propre au-dessus de toute autre considération, au nom de quoi ces deux équipes devraient-elles se sentir gênées ou redevables de quelque chose ? Le PSG, lui, aura au moins fait l’effort de recoller au score, et plutôt deux fois qu’une...

A ce niveau de la compétition, le degré de motivation des forces en présence est primordial. Sauf que ce coup-ci, Bordeaux se rendait à Paris, pas à Nancy ou à Troyes. Et que Marseille devait compter sur une victoire de leur ennemi pour gagner enfin quelque chose depuis les années Tapie. Mais cette saison-là, l’Europe était dominée par Parme, la France par Bordeaux. N’en déplaise à Marseille.


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