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Gérard Collard, libraire rock-star

par Philippe Berry [27ème promotion].
Article publié le mercredi 9 novembre 2005.
 
En 16 ans, Gérard Collard a fait de la Griffe Noire l’une des trente plus importantes librairies françaises. L’une des plus atypiques surtout. En y cultivant une critique abrasive et caustique, Gérard Collard est surtout devenu un libraire médiatique.

(JPG) « Le droit à la méchanceté est un droit à la liberté. » Faisant sienne une maxime chinoise, Gérard Collard revendique le droit « d’appeler un con un con », et surtout un roman de Yann Moix une « daube branchouille ». Le droit de le dire, mais surtout de l’écrire, en gros et en fluo, sur des centaines de pancartes de couleurs collées sur les murs de la Griffe Noire, sa librairie. Yann Moix n’est pas le seul malchanceux dans son collimateur : dans sa librairie, un mot doux accompagne « Acide sulfurique » d’Amélie Nothomb : «  Ce livre pue ! »

Quant à la saison des prix littéraires qui bat son plein, il résume son sentiment en brandissant le roman de Jean-Philippe Toussaint (lauréat du prix Médicis lundi) : « Fuir ». Même « Trois jours chez ma mère » de François Weyergans (vainqueur du Goncourt jeudi) ne trouve pas grâce à ses yeux. « Le Weyergans ? Nombriliste et ennuyeux à mourir, à moins d’être en maison de retraite », lâche-t-il.

La Griffe Noire, son laboratoire

Il y a seize ans, pour faire plaisir à ses parents, Gérard Collard fait des études de sociologie. Et il s’ennuie. Avec Jean Casel, son fidèle ami, et 50 000 francs en poche, il décide de fonder une librairie à Saint-Maur-des-Fossés, petite ville bourgeoise du Val de Marne. Une librairie « ne ressemblant pas aux autres ». Car il le confie : « Depuis tout petit j’ai toujours adoré les livres. Mais je m’emmerdais chez ces libraires parlant comme des profs de français. » Un seul mot d’ordre donc : « le plaisir ». A l’esprit, une philosophie simple : « Qu’après tout ce ne sont que des livres, et qu’on peut en dire du mal, avec humour de préférence. »

La Griffe Noire, c’est son bébé. Son laboratoire. Les mauvais genres se voient donc réserver une place de choix. Polar, science fiction et bande dessinée : peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Faisant fi de la notoriété des auteurs, il vante les mérites de ses coups de cœur, vedettes ou illustres inconnus, en grand et à coups de marqueur sur sa devanture. « Putain, quel livre ! » accompagne « L’attentat » de Yasmina Khadra. Les romans moins chanceux sont échoués dans un aquarium desséché, accompagnés de la mention « naufrage du mois ». Beigbéder en est un habitué.

Quand les médias s’en mêlent

En 1995, Bernard Rapp a pour habitude d’inviter -pour son émission Caractère- un libraire différent chaque semaine. Gérard Collard est donc convié. Et devant plusieurs millions de personnes, il frappe un grand coup en direct : il ose égratigner l’intouchable Marguerite Duras. « L’écrivain buvait, les lecteurs trinquaient » lance-t-il alors. Dix ans plus tard, assis sur un pouf géant dans un recoin secret de sa librairie, il s’explique : « On s’ennuyait à mourir. Ils étaient tous là, dans leur petit pull en Shetland. C’est sorti tout seul. » Le public découvre alors ce personnage atypique avec une langue et une gueule qu’on n’oublie pas. Crâne rasé à l’exception d’une petite houppette, grosses lunettes et boucles d’oreille : Gérard Collard est une sorte de cousin punk de Tintin. Un cousin ayant troqué l’éternel pull-over bleu contre un t-shirt des Sex Pistols. Et la télé aime ça.

Il enchaîne avec une chronique littéraire hebdomadaire dans Parole d’Experts sur France 3 pendant deux ans. Il ne manquera jamais une occasion de taper sur la rentrée littéraire « qui ne devrait pas exister ». Ensuite ce sera pour Vol de Nuit, présenté par Patrick Poivre d’Arvor. « Ah oui Vol d’Ennui comme on dit dans le milieu », se rappelle-t-il visiblement un peu gêné. Il s’interrompt soudain et monte le volume de sa chaîne hifi. Un gros riff de guitare, un chant écorché : c’est le dernier album de Korn. « Ça c’est bon », dit-il. « Ça me vide la tête. » Puis il reprend. « Vol de Nuit, j’ai beaucoup hésité. Cette nomenklatura parisienne représente tout ce que je hais ». Il tiendra deux ans avant de claquer la porte. Une allergie au Poivre visiblement.

Aujourd’hui, en plus de sa chronique hebdomadaire sur France 5 dans le Magazine de la santé au quotidien, Gérard Collard a retrouvé Valérie Expert sur le câble pour co-présenter une fois par semaine sur les coups de cœurs des libraires.

« Cela me laisse peu de temps pour dormir » avoue-t-il en riant. Heureusement, pour bien dormir il a un secret : lire un peu de Proust. « Je ne comprends pas tout, mais c’est une si belle musique », confie-t-il. Proust. Gérard Collard serait-il malgré ses apparences d’anticonformiste un amoureux des classiques ? « Cela surprend les gens. Mais oui j’aime Proust, et Stendhal aussi. »

Chez lui, actuellement, une bonne trentaine de livres commencés traînent au pied de son lit. Qui sera le prochain « naufrage du mois » ? Il garde jalousement le secret.

Mais Gérard Collard est plus bavard sur son dernier coup d’éclat. Il en est même très fier. Quelques jours avant la sortie du Houellebecq, il a mis en rayon des paquets de lessive Génie sans frotter d’1 kg. Au-dessus, une pancarte expliquant : « Ceci est le dernier Houellebecq, vous êtes les premiers à l’avoir ! » Il affirme en avoir vendu dix...


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